À la différence des animaux « porteurs » du virus de la fièvre aphteuse, les animaux ne présentant pas de signes cliniques apparents de cette maladie peuvent être extrêmement contagieux. Les infections subcliniques ont de graves implications pour la lutte contre la fièvre aphteuse car les animaux atteints sont susceptibles de répandre la maladie lorsqu’ils entrent en contact avec du bétail sensible. La récente propagation du virus de la fièvre aphteuse en Europe prouve que le commerce des animaux ou des produits d’origine animale constitue un risque potentiel pour les pays importateurs. Elle indique clairement que le paradigme « indemne de fièvre aphteuse où n’est pas pratiquée la vaccination » ne signifie pas nécessairement « dépourvu de risques ». Le risque d’introduction de fièvre aphteuse subclinique dans des pays indemnes peut être aggravé significativement par la présence de vastes populations d’animaux sensibles, la modification des pratiques agricoles, le développement du commerce des animaux vivants et des échanges d’animaux, l’accroissement du commerce des produits d’origine animale et la mobilité accrue des populations humaines. Face à cette évolution, il appartient aux autorités nationales et internationales de rester vigilantes pour apprécier toute évolution du risque de fièvre aphteuse à l’importation. Quelques rapports historiques et des observations récentes en Afrique australe évoquent la possibilité d’une diffusion de la fièvre aphteuse par des bovins porteurs de virus au sein de troupeaux d’animaux sensibles. Ces rapports ont fortement influencé les politiques commerciales concernant la fièvre aphteuse et, par conséquent, les stratégies de prophylaxie et d’éradication de la maladie. Toutefois, d’autres indices recueillis sur le terrain vont à l’encontre de cette affirmation ; par ailleurs, aucune des expériences réalisées en conditions contrôlées n’a pu démontrer la capacité de ces porteurs de virus à déclencher la maladie. La vaccination systématique de millions de bovins avec des vaccins de qualité avait entraîné la disparition de la fièvre aphteuse, malgré une importante population sentinelle constituée de veaux, ainsi que d’ovins et de porcins non vaccinés. Parmi ces derniers, un certain nombre de porteurs de virus sont vraisemblablement passés entre les mailles du filet, sans pour autant compromettre l’éradication de la maladie. Les politiques de vaccination et la réglementation du commerce doivent s’appuyer sur des évaluations des risques et prendre ces facteurs en considération.